Daniel Cohn-Bendit, au nom du groupe Verts/ALE .
Monsieur le Président, chers collègues, les relations et les discussions entre l'Europe et la Russie ressemblent à du surréalisme ou à un film de Woody Allen.
De deux choses l'une. Ou la viande polonaise est mauvaise, auquel cas M. Poutine a raison et il ne faut pas que cette viande continue d'être distribuée en Europe. Ou la viande polonaise est bonne, auquel cas elle peut être distribuée en Europe et ce que font M. Poutine et la Russie n'est pas juste et il faut prendre des sanctions à leur égard. Ce n'est pas une question d'exagérer ou de ne pas exagérer: c'est vrai ou ce n'est pas vrai, c'est tout.
Deuxièmement, concernant les droits de l'homme, M. Poutine, avec son visage angélique de judoka formé au KGB, ne cesse de nous répéter: "Je n'ai rien à voir dans cette histoire". Des assassinats se succèdent dans toute l'Europe, une dame est assassinée à Moscou, un ex-agent du KGB est assassiné à Londres et M. Poutine répète: "Je n'ai rien à voir avec cela". Visiblement, c'est M. Khodorkovski qui, de sa prison, a organisé l'assassinat de Mme Anna Politkovskaïa et c'est M. Lebedev qui, de sa prison, a organisé l'assassinat de l'ex-agent du KGB.
Seulement une chose est sûre, les lois votées à la Douma sont des lois qui ont été votées par le parti de M. Poutine, avec pour effet que l'opposition n'a plus le droit de parler, que les organisations non gouvernementales n'ont plus le droit de s'exprimer, que les fondations européennes n'ont plus le droit d'exister. Et, à ce sujet encore, M. Poutine nous dit: "Je n'ai rien à voir avec ces histoires, j'étais en conférence à Paris, à Londres, ou je ne sais où et je ne sais pas ce qui est voté à la Douma".
Il ne faut pas nous prendre pour des idiots. Je veux bien qu'on ne veuille pas de guerre froide. Personne ne veut la guerre froide, mais entre ne pas vouloir une guerre froide et accepter qu'un homme politique public nous mente sans cesse et sur tout, il y a de la marge: ou M. Poutine choisit d'être poli et de répondre aux questions ou nous, nous choisissons un autre ton avec M. Poutine. Nous avons certes besoin de son énergie, mais nous n'avons pas besoin de quelqu'un qui se foute de notre gueule en permanence.
(Applaudissements)