Jean-Michel Aphatie ; Bonjour, Daniel Cohn-Bendit.
Daniel Cohn-Bendit : Bonjour.
Vous êtes avec nous depuis Strasbourg où siège, aujourd'hui, le Parlement européen. Les élections européennes auront lieu le 7 juin prochain. Trois mois nous séparent de cette élection. Vous, vous serez tête de liste en Ile-de-France pour "Europe Ecologie". Quelle campagne allez-vous faire Daniel Cohn-Bendit ? Une campagne franco-française ou bien une campagne un peu européenne ?
Ah nous faisons une campagne totalement européenne. Le 27 mars, nous avons le congrès des Verts européens auxquels adhère "Europe Ecologie", eh bien je serai un des porte-parole des Verts européens et le contenu de notre campagne, c'est : Comment transformer notre économie et nos modes de vie dans cette crise pour qu'on est une société plus durable et capable donc de répondre à la crise par la transformation de notre économie.
Vous allez défendre, par exemple, le Traité de Lisbonne, Daniel Cohn Bendit ?
Le Traité de Lisbonne, il ne faut plus le défendre. Il a été ratifié, même maintenant les Tchèques sont en train de le ratifier. C'est en Irlande que va se décider le sort du Traité de Lisbonne ; ce que nous allons défendre c'est qu'au-delà du Traité de Lisbonne, on a besoin d'une Constitution européenne, ça c'est pour les perspectives ; et ce dont nous avons besoin, c'est d'une mobilisation de fonds européens, c'est ça qu'on va défendre, d'un grand emprunt européen pour répondre à la crise, c'est-à-dire la transformation écologique, ce qu'on appelle le "Green Deal", la transformation écologique de nos modes de production. Voilà le contenu.
Je vous parlais du Traité de Lisbonne, Daniel Cohn-Bendit parce que votre colistier, José Bové, est, lui, opposé au Traité de Lisbonne, alors on se dit : "Tiens ! C'est bien parti pour "Europe Ecologie" que vous représentez, Daniel Cohn Bendit"...
C'est très bien parti. C'est très bien parti... José Bové a été contre le traité constitutionnel. Il était contre, malgré la première et deuxième partie, parce qu'il était contre la troisième. Moi j'étais pour, malgré la troisième partie parce que j'avais dit que la première et la deuxième étaient...
On ne vous suit plus, là !
Mais si, c'est très simple. Maintenant, on est d'accord, José Bové et moi : c'est que si l'on veut répondre à la crise, on a besoin de plus d'Europe. Si on veut répondre à la crise, on a besoin d'une Europe justement plus structurée, capable de parler, capable de s'imposer dans la convention internationale contre la dégradation climatique, capable de s'imposer dans les grandes négociations sur la mondialisation pour réguler socialement et écologiquement la mondialisation. Donc, José Bové et moi, nous disons : "Nous avons besoin de plus d'Europe, d'une Europe plus forte". Et maintenant, c'est vrai qu'on avait des divergences même sur le Traité de Lisbonne, mais il a été ratifié en France, et nous devons aller plus loin. Donc, on avait des désaccords mais on est capable, justement, face à l'urgence et à la crise, de nous retrouver.
J'ai lu qu'au contact de José Bové, vous vous "gauchissiez", vous deveniez encore plus à Gauche que vous n'étiez. Par exemple, on lit - est-ce que c'est vrai ? - que vous serez présent à la manifestation, à Paris, le 19 mars où il s'agira de demander des augmentations de salaires, etc ?
Ce qui est triste dans cet article, si vous voulez, c'est que c'est des contre-vérités en permanence.
Article du "Journal du Dimanche".
Oui. José Bové sera présent. Nous avons décidé que les têtes de liste seront, si elles le veulent, présentes dans les manifestations dans leur région, que nous avons eu une discussion très ouverte où nous avons dit : "Nous ne voulons pas récupérer politiquement". Il y a des tas de militants d'Europe écologique qui sont des militants syndicaux qui sont dans la bagarre et que, c'est vrai, j'ai eu des invitations de ces militants de venir avec eux et que nous allons trouver un moyen que j'y aille sans vouloir être filmé et passé à TF1 parce que ce n'est pas mon rôle. Je ne veux pas récupérer... Voilà, c'est ça le problème.
D'habitude, vous parlez clair. Ce matin, c'est un peu plus compliqué. Vous serez à la manifestation du 19 mars ?
Je serai à la manifestation du 19 mars ...
Voilà.
... Oui mais je ne serai pas à la manifestation du 19 mars pour qu'on dise : il est là.
Oui, mais vous y serez quand même.
Oui, mais ça c'est autre chose.
Ah, ce que vous dites ! C'est autre chose.
C'est une manifestation de revendications légitimes contre une politique du gouvernement ; mais nous, "Europe Ecologie" et moi, je fais une campagne européenne et je ne veux pas à aucun moment, dire : Vous voyez, maintenant il esssaie de récupérer ceci. C'est clair. Je trouve que c'est logique.
C'est clair ! Dans la crise, Daniel Cohn-Bendit, Nicolas Sarkozy est bon ou il n'est pas bon ?
Il n'est pas bon !
Il n'est pas bon.
Il n'est pas bon. Je vous dis une chose parce qu'il a aucune perspective. Parce qu'il fait du coup par coup. Parce que dans la crise, s'il veut avoir la confiance des Français, il doit dire : premièrement, je me suis trompé avec le bouclier fiscal. S'il veut relancer, il faut aussi qu'il y ait un effort de solidarité et que le bouclier fiscal, c'est justement ce qui ne donne pas une idée solidaire de l'effort à accomplir.
Vous récitez un peu le catéchisme, Daniel Cohn-Bendit !
Non, c'est vrai. Monsieur Aphatie, c'est vrai. Vous avez besoin de 15, 20 milliards au niveau français, vous avez besoin de sommes incroyables au niveau européen, et si vous, aujourd'hui, vous faites un bouclier fiscal à 50%, vous ne pourrez pas mobiliser les fonds nécessaires parce qu'il ne faut pas simplement mobiliser des fonds, il faut pouvoir les payer, il ne faut pas déverser ça sur les générations futures. C'est très clair.
Deuxièmement, dans toutes ces propositions, la transformation écologique. Regardez un peu, par exemple, la prime à la casse pour l'automobile, ce n'est pas une prime pour changer l'automobile qui est une des causes de la dégradation climatique.
Alors, vous, vous n'êtes pas modeste, Daniel Cohn-Bendit. Vous allez publier un livre dans quinze jours, intitulé : "Que faire ?"
Oui.
Alors, vous savez que faire ? Vous avez la réponse.
Non, écoutez, d'abord c'est ironique.
J'avais compris.Lénine, avant Octobre 17 ! Voilà.
Il y a quelqu'un qui est le plus anti-Lénine, c'est moi. Que faire ? Ca veut dire : oui, il faut avoir le courage de l'utopie et de la vision. Donc, que faire ? C'est d'avoir une vision du futur ; et en même temps, une radicalité pragmatique des réformes d'aujourd'hui. Voilà ce que j'essaie de décrire dans ce livre.
Donc, dans quinze jours. Les députés, hier, ont voté l'interdiction de la vente d'alcool et de tabac aux moins de 18 ans. Bonne ou mauvaise mesure, Daniel Cohn-Bendit ?
Une mesure que je crois comme cela, inutile. Il y a un vrai problème de drogue dans nos sociétés. Les députés vont voter une loi que je crois complètement inutile, par exemple sur l'accès à Internet.
Non, non je vous parle de l'alcool et du tabac.
Mais moi je vous parle des deux. Je crois, si vous voulez, qu'il faut qu'il y ait une régulation, il y a un véritable problème de drogue - non seulement d'alcool et de tabac -, mais même de drogues dures dans la jeunesse ; mais je crois que si l'on croit que l'on s'en sort avec ce genre de loi, j'ai un point d'interrogation. Je ne suis pas sûr.
Daniel Cohn Bendit - "Que faire", c'est bientôt en librairie - était l'invité de RTL. Bonne journée.
Auteur : Jean-Michel Aphatie