D'abord, on nous dit: "tout a changé, donc je reste!". La raison pour laquelle Barroso doit rester, c'est que tout change, et lui, il est la stabilité dans un monde qui change. Soit.
Puis, j'entends M. Daul. Moi, j'étais en campagne électorale en France. En France, on nous a dit, pendant la campagne électorale, les banques, c'est Sarkozy, le climat, c'est Sarkozy, le changement en Europe, c'est Sarkozy. J'entends Daul aujourd'hui: le climat, c'est Barroso, le truc, c'est Barroso. Tu vas te faire engueuler à l'Élysée, mon pote! Tu vas te faire engueuler! C'est quand même incroyable, cette histoire! Oui, oui, je sais, mai 68, ça t'emmerde, à chaque fois tu reviens avec cette vieille histoire. Je t'expliquerai une fois si tu veux le savoir.
Je dis simplement que ce lieu, ici, est un lieu où on a le droit de tout dire. José Manuel Obama: Yes, he can! Il peut tout maintenant, tout ce qu'il n'a pas pu pendant cinq ans, vous allez voir ce que vous allez voir, alors là, maintenant, Messieurs les chefs de gouvernement, Mesdames les chefs de gouvernement, Madame la Suédoise, attention, maintenant c'est fini avec le petit Barroso qui vous écoute. Vous allez devoir l'écouter, il va vous imposer une nouvelle politique intégrée, pas de coordination, vous allez devoir le suivre... Non, mais arrêtez, arrêtez, Monsieur Barroso! On vous connaît! Cinq ans, ici, pas un mot sur "moi je me suis trompé", comme moi aussi Dany Cohn-Bendit, comme d'autres...
Parce que vous parlez des valeurs européennes, vous parlez de l'éthique européenne, mais le problème est le suivant, Monsieur Barroso. Si vous voulez vraiment changer, il faut expliquer une chose aux parlementaires, aux citoyens: la réponse à la crise financière et économique doit être en même temps une réponse à la crise écologique, et si vous voulez répondre à ces crises, il faut transformer – réformer ne suffit pas –, transformer l'Europe, c'est-à-dire d'une manière écologique et sociale. Il faut remettre en question nos systèmes de production. Les banques: pourquoi sont-elles devenues folles? Parce que nous avons un système qui les rend complètement folles. Pourquoi? Pour la simple raison que c'est toujours plus, encore plus, plus rapidement.
Est-ce que, Monsieur Barroso, est-ce que, Messieurs les chefs de gouvernement, est-ce que la majorité de ce Parlement est prête aujourd'hui à remettre en question le toujours plus, toujours plus, le plus rapidement? C'est la base de la crise, et quand on parle du développement durable, ce n'est pas simplement quelques mesurettes, c'est essayer d'expliquer et de comprendre que, s'il y a des choses où il faut de la croissance, c'est-à-dire une croissance sélective, le renouvelable, etc., il y a des tas de choses qu'il faut freiner. Il faut une mesure, et alors là, j'hallucine encore plus.
Vous avez parlé du processus de Lisbonne. Vous avez parlé de la recherche. Monsieur Barroso, expliquez-moi! Pendant cinq ans, vous nous avez expliqué – quatre ans: la dernière année après la crise, vous étiez plus prudent –, vous nous avez expliqué que la base de l'effectivité économique et écologique, c'était la dérégulation: dérégulation. Mais si, je me rappelle de vos discours, je me rappelle de vos interventions. Et puis, avec les crises, tout d'un coup, vous vous êtes aperçu que cela ne fonctionnait pas comme cela. Avec les crises, et c'est à votre honneur – nous, on n'a jamais dit que vous étiez un homme de déshonneur, on a simplement dit que vous, Monsieur Barroso, voyant la manière dont vous avez conduit cette Commission, on ne vous fait pas confiance. Vous êtes Européen, mais, en même temps, vous êtes dans une idéologie qui, justement, est une idéologie qui était la raison de la crise, et non pas une réponse à la crise.
Alors, Guy Verhofstadt, ça c'est gros, maintenant. Nous avons dit pendant toute la campagne – je vais finir là-dessus, et d'ailleurs M. Barroso nous remercie – que nous ne voulions pas voter en juillet. Maintenant, tout le monde nous dit merci qu'on n'ait pas voté en juillet, parce qu'au moins il a pu présenter son programme. Si c'était d'après M. Daul, si c'était d'après M. Barroso, on aurait voté sans programme en juillet et madame la marquise se serait très bien portée! Alors, au moins, dites-nous merci de vous avoir donné la chance de présenter votre programme.
Pas de quoi, pas de quoi, Monsieur.
Deuxièmement, mais là c'est gros, vous dites: "pourquoi repousser encore"? Pour la simple raison, et ça, ça n'a jamais existé avant, que les citoyens irlandais vont voter dans trois semaines, et s'ils votent "oui", comme je le crois, comme c'est prévisible, au traité de Lisbonne, il y a une autre condition pour cette Commission. Vous nous dites: "il faut absolument, parce qu'on a une crise économique, vous allez voir ce que vous allez voir".
Pendant les deux mois qui vont venir, M. Barroso devra faire sa Commission. Il n'aura pas le temps de s'occuper de Lisbonne, il n'aura pas le temps de s'occuper de Copenhague, parce qu'il devra négocier avec Sarkozy. Est-ce que le marché intérieur, c'est pour M. Barnier? Si c'est pour M. Barnier, qu'est-ce qu'il va donner aux Polonais, à qui il a promis une grande Commission? Qu'est-ce qu'il va donner aux Allemands? Qu'est-ce qu'il va donner aux Anglais? Parce que c'est du marchandage, la Commission! Et le marchandage, ça va l'occuper, mais pendant qu'il sera occupé à marchander, les autres vont marchander à Copenhague.
Voilà le problème, voilà la réalité. Donc, je termine pour vous dire, Monsieur Barroso, vous êtes un homme d'honneur, c'est vrai, mais vous devez savoir une chose: le groupe des Verts européens n'a pas confiance en vous et votera contre votre nomination, parce que nous croyons que l'Europe a besoin d'un mieux, d'un plus que vous, Monsieur Barroso!