Près d'un millier de jeunes du service civil européen ont été recrutés pour organiser le '"European Tour " instauré au lendemain de l'adhésion des pays des Balkans occidentaux et qui coïncida avec l'inauguration de la ligne de trains à grande vitesse reliant Munich à Athènes via Zagreb-Sarajevo-Skopje et Tirana. Une entreprise stimulante pour ces jeunes qui devront superviser la tournée des quelques 500 artistes itinérants sur l'ensemble du réseau maritime et ferroviaire transeuropéen. Un réseau qui vit le jour après les succès engrangés par ces 2 secteurs figurant dans un projet établi en 2005 et prévoyant la réalisation pour 2020 de 30 réseaux de transport jugés prioritaires. Outre le transport de passagers, il faut rappeler que le volet baptisé "MGV" (Marchandises à grande vitesse), réduisant au passage de 40% le nombre de camions", inaugura une nouvelle ère pour le transport grâce à l'interconnexion mixte des grands ports et voies ferrées européens.
Ce tournant dans la politique des transports européenne n'aurait sans doute pas eu lieu si la question de la dégradation climatique n'avait pas été aussi pressante. Il faut dire qu'à l'aube de 2020, les Européens peinaient à atteindre les objectifs que s'étaient fixés les chefs d'état et de gouvernement au célèbre Conseil de printemps qui se tint en 2007. Force est de reconnaître que malgré les espoirs suscités, les Européens ne partaient pas du bon pied faute d'instruments contraignants et d'une politique globale prenant en compte tous les secteurs responsables des émissions de gaz à effet de serre. Sachant que les ressources en charbon dureraient encore 1 siècle et demi, les Européens de l'époque misèrent entre autres sur les techniques de captation du CO2 pour les nouvelles centrales au charbon. Il fallut cependant attendre 2025 pour que ces techniques soient disponibles à grande échelle et leurs dégâts ne se firent pas attendre tant pour les nappes phréatiques que pour la santé publique à cause de la contamination par des métaux lourds et particules fines aux alentours des exploitations minières.
Des années durant, les Etats s'opposèrent à revoir drastiquement leur politique énergétique en se fixant notamment des objectifs clairs pour chacun des secteurs clés dont ceux des transports et du bâtiment qui consommait encore à l'époque près de 40% de l'énergie utilisée dans l'UE. Cette lenteur du démarrage fut la cause de leur faiblesse dans les négociations entamées à Bali sous l'égide des Nations-Unies à la fin de l'année 2007.
C'est sans doute l'échec de l'attentat contre la centrale nucléaire de Chinon en France qui a produit le soubresaut. Bien que certains pays avaient emboîté le pas au Danemark qui devint très tôt le premier exportateur mondial en technologies de pointe dans le secteur des renouvelables, la France, elle, avait choisi de privilégier le nucléaire et les biocarburants. Déclencheur ou pas, c'est à la suite de cet événement que les Européens adoptèrent finalement un pacte de stabilité climatique. Calqué sur le modèle du pacte de stabilité budgétaire, des sanctions furent enfin instaurées contre les états membres "récidivistes". Epaulé par le renforcement des dispositions communautaires dans le secteur énergétique, désormais abordé sous ses multiples facettes, mais également par le passage du vote à la majorité qualifiée en matière fiscale, ce pacte climatique, fondé sur une logique de rationalisation de la consommation et de l'efficacité énergétique, nous a permis d'atteindre, il y a maintenant 7 ans, l'objectif de réduction de 80% des gaz à effet de serre fixé il y a 50 ans.
C'est aussi ce pacte qui a permis aux Européens de convaincre leurs partenaires mondiaux à s'engager dans une politique de réduction drastique des gaz à effet de serre. Ce gain en crédibilité est ce qui a ouvert la voie aux accords mondiaux de Kyoto+ et permis la mise en oeuvre d'un système international efficace d'échange de droits d'émissions en CO2.
Une fois de plus, les Européens auront eu besoin d'une expérience traumatique pour comprendre l'Europe constitue leur espace à gouverner. En regardant loin derrière nous, dans cette préhistoire de l'UE qui, pour renaître de ses cendres, a dû accoucher de l'une des innovations politiques majeures à savoir, la souveraineté partagée basée sur la reconnaissance mutuelle des partenaires, nous comprenons, 100 ans plus tard, le caractère visionnaire de ce projet. Les déboires de la construction européenne ne font qu'attester de l'envergure politique des pères fondateurs qui ont, en quelque sorte, prédisposé l'Europe à l'ouverture et à l'appréhension des relations internationales sous un angle nouveau irréductible à la barbarie de la force.
Sans cette prédisposition de l'Europe au multilatéralisme, jamais la conférence régionale sur l'eau, dans laquelle les pays du Moyen-Orient ont pu s'investir sur des aspects concrets de la gestion de cette ressource vitale, n'auraient pu voir le jour.
Et, à l'heure qui l'est, nous pouvons affirmer que la politique de voisinage de l'UE a porté ses fruits. Evidemment, tout n'était pas si clair quand les soldats de l'administration de G.W. Bush s'empêtraient en Irak. Ce n'est donc qu'avec le recul que nous pouvons revendiquer le succès de notre politique de voisinage qui a d'ailleurs permis la sécurisation de nos frontières. Sans parler de la résurrection du projet défunt d'août 54 grâce auquel les Européens ne dépendent plus des Etats-Unis pour assurer leur propre sécurité.
L'architecture communautaire a donc pris du temps avant de se renforcer et l'histoire nous apprend que les Etats n'ont pas saisi du jour au lendemain leur intérêt commun. Leur impuissance toujours plus flagrante sur la scène internationale a finalement forcé le pas à la communautarisation de la PESC en y intégrant un volet axé sur la sécurité d'approvisionnement énergétique -idée défendue avec vigueur par un fonctionnaire danois à la mémoire duquel fut érigé le monument au fonctionnaire inconnu (fonction diplomatique oblige). Dans la foulée l'idée d'un siège de l'UE aux Nations-unies fut acceptée. Enfin, l'UE pouvait se consacrer à rééquilibrer les rapports entre les différentes régions du monde.
Comprenons donc bien que l'évidence d'aujourd'hui n'est pas celle partagée par les Européens d'autrefois. A chacun des pas de l'intégration communautaire, les chefs d'états et de gouvernement étaient pratiquement pris de convulsions.
L'une des plus terribles fut sans doute celle qui précédât le "miracle du Bosphore". La Turquie, pays de transit important pour l'approvisionnement gazier et pétrolifère destiné à la consommation européenne, avait suscité les pires crispations au sein de notre continent.
L'adoption du traité fondamental permettant son adhésion ne fut pas un jeu d'enfant. Et, aujourd'hui encore, c'est avec une certaine amertume que nous nous penchons sur cette phase "obscurantiste" de notre Europe du début du 21è siècle. Les déchirements sur la référence ou non des valeurs chrétiennes présageaient du climat de fermeture que cet Europe connut. Le succès de l'offensive du défunt Pape Benoît 16, pour qui la loi divine prévalait sur les lois temporelles, était tout aussi révélateur. Dans son sillon, des pays comme la Pologne interdirent l'avortement et évincèrent la biologie de Darwin au profit du créationniste. D'autre s'enlisèrent suite à l'adoption de lois réactionnaires visant la procréation assistée, le mariage homosexuel ou déboutant toute possibilité d'avancée en matière de biotechnologies. Aujourd'hui encore, nous en payons les frais. Dans un autre style tout aussi dommageable, le président français de l'époque instaura un ministère de l'immigration et de l'identité nationale. On avait l'impression d'avoir à tout jamais abandonné la voie de l'Europe ouverte et éclairée.
La léthargie du continent européen en ce début de 21è siècle ne faisait qu'alimenter ce climat trouble. Quant aux prévisions démographiques, elles n'avaient rien d'encourageant pour les générations futures. Il fallut attendre la réforme du système des retraites, permettant notamment à chacun de choisir le moment de son départ, des mesures drastiques stimulant l'emploi des femmes et des personnes plus âgées, une certaine reprise de la fertilité, le tout combiné à une politique européenne d'élargissement soutenable et d'immigration légale pour permettre la relance des sociétés européennes.
En ce 25 mars 2057, nous pouvons affirmer que cet âge de l'UE est révolu.
Au Berlaymont, les couloirs sont littéralement pris d'assaut par la presse. Les satellites envahissent les rues des alentours pour retransmettre à l'échelle du globe le discours très attendu du président de la Commission. Un président dont la popularité n'a cessé de croître dépassant de loin celle de ses prédécesseurs à l'exception du premier président de la Commission élu au suffrage universel en 2014 suite à une réforme institutionnelle qui provoqua beaucoup de remous. Notamment au sein des partis politiques nationaux qui pendant longtemps se sont opposés à la possibilité d'adhérer directement à leur parti affilié européen ou à l'idée d'envoyer leurs candidats à l'élection du Parlement européen en campagne dans toute l'Europe.
Le Président de la Commission a saisi l'occasion du centenaire pour lancer le projet pilote concocté par les scientifiques de l'institut de recherche technologiques strasbourgeois. Un pôle d'excellence européen qui a très vite dépassé le MIT sur le plan de la renommée internationale. Dès sa création, il a misé sur les technologies innovantes et respectueuses de l'environnement, le développement de projets afin de rendre les voitures, appareils électroménagers et domestiques plus économes sans oublier de développer des matériaux plus performants et de se pencher sur les technologies de l'hydrogène. Appuyé par la banque d'investissement européenne et d´un cadre législatif approprié, ce tournant pris par l'UE à un moment donné de l'histoire reste incontestablement l'une des causes de son redémarrage économique. En prenant les devants dans la lutte contre la dégradation climatique et le réchauffement de la planète, l'UE est arrivée en tête des exportations des technologies de pointe au niveau mondial. Outre les emplois générés, cette victoire en terme de compétitivité combinée à une série de réformes ont permis à l'UE de relever un certain nombre de défis qui obscurcissaient terriblement son horizon au début du siècle.
Le président arrive à la tribune, pendant une fraction de seconde, le monde entier s'arrête de respirer...