L'histoire nous le dira mais une chose est certaine: la possibilité même d'un dialogue entre la candidate socialiste et le leader du parti centriste est une innovation en politique française.
Le CSA a décrété que ce débat ne pouvait être télévisé : « Françaises et Français, retournez à vos occupations, la politique, c'est pas pour vous!"
Bayrou a parlé d'une « démocratie malade »...
Ceci ne doit cependant nous faire perdre le fil de l'ouverture advenue aux yeux de tous. Même si son aboutissement est inconnu, le changement de posture qu'elle présuppose correspond à l'entrée des Français dans une ère politique nouvelle.
Après les résultats, Bayrou annonçait que « La politique française ne serait plus jamais comme avant. » Cette vérité d'un soir s'est frayé un chemin pour aboutir au dialogue entre partenaires autorisés à la différence, voire, peut-être, muer en force vive d'une action politique durable.
Cette mutation à ciel ouvert finira-t-elle dans les replis de la mémoire ou, au contraire, se prolonger dans une proposition innovatrice de gouvernement pour l'intérêt général du pays.
Le souci de la France ne rentre pas dans le calcul du moment opportun. Se soucier de "la France qui souffre", que paralyse l'angoisse, qui subit la discrimination, qui peine à redresser son économie...c'est maintenant ! Le désarroi ne peut attendre l'arrivée du prince sur cheval blanc de la prochaine élection.
Et inutile de dire que le monde n'attendra ni la France ni l'Europe pour continuer à tourner au rythme d'une mondialisation sans règles et au prix d'une dégradation de notre planète.
Va-t-on dès lors chercher à maximiser cette énergie du rassemblement pour trouver des remèdes ou simplement scruter l'évolution de la « maladie française » ?
Faute d'arriver à changer le monde, les stoïciens ont un inventé une philosophie les autorisant à se revendiquer « libres dans leurs chaînes ». Aucun doute, le stoïcisme ne pouvait pas naître en France !
Cette doctrine trouve peut-être des adeptes dans les appareillages de partis peu enclins au changement mais ce n'est pas le message des millions d'électeurs qui se sont déplacés le 22 avril.
Au final, ils feront la décision et endosseront la responsabilité du visage de la France.
Quand les Allemands fatigués de l'alternance entre sociaux démocrates et sociaux chrétiens, ont imposé l'innovation de la coalition, les ennemis d'hier ont dû trouver un pacte pour gouverner le pays et s'entendre dans un pax inédit. C'est en dépassant les clivages pour se rassembler autour de Prodi que les Italiens ont mis fin au « règne Berlusconi »
Le désir de remettre la France en mouvement s'est exprimé aussi bien chez Ségolène que Bayrou. Leurs diagnostics sont similaires et l'antinomie existant entre les fondamentaux du projet centriste et ceux du candidat de l'UMP n'apparaît pas avec la candidate socialiste.
Demeure donc l'énigme de la convergence effective vers un programme de gouvernement ambitieux et viable qui imposera aux parties de ne plus « être simplement comme avant »
La modernisation de la politique déclenchée en France lui permettrait d'avancer et de répondre aux défis qui lui sont posés chez elle, en Europe et dans le monde. Une évolution dans laquelle les Français pourraient enfin se reconnaître et s'affirmer car elle inaugure les schèmes capables d'aborder les problèmes dans leur complexité et transversalité comme le requièrent notamment les enjeux climatiques.
Laissons agir cette dynamique et voyons jusqu'où elle ira, abstraction faite des préjugés. « L'Etat partout » disait Bayrou de Ségolène. Mais comment expliquer que seuls avec les verts, les socialistes européens demandent la démocratisation du processus de révision du traité sur le nucléaire? Quid d'une Ségolène s'engageant à retirer le décret autorisant le réacteur EPR et, au-delà, à ouvrir un débat pluraliste et transparent sur cette énergie? Ou encore, de la Royal, alors ministre de l'environnement, suggérant au géant du « service public » et de la distorsion du marché énergétique européen, EDF, une diversification de sa production grâce aux renouvelables tout en pointant le retard concurrentiel en matière d'innovation technologique ?
Blanc ou noir François?
« L'urgence nous oblige à choisir », dixit Mao Tsé Toung