L'éléphant rose de Ioannina

23 juin 2007

Article paru dans le Journal du Dimanche du 23 juin 2007

« Double majorité + Nice+ Ioannina - Nice ». Même un prix Nobel de mathématique n'y aurait pas pensé ! Une nuit entre chefs d'état et de gouvernement psychédéliques suffit à ringardiser Huxley.

En 2005, on se gaussait du « non » à la constitution au nom des "lendemains qui chantent". Ces « nonistes » n'avaient probablement pas imaginé que les prestidigitateurs du "plan B" seraient aussi évanescents que leur plan ni même que, deux ans plus tard, la consultation référendaire relèverait des expériences traumatiques avec en prime le retour à la méthode intergouvernementale pour l'élaboration du traité.

Ce lendemain du Conseil européen est déprimant. Les Etats animés par l'intérêt commun se comptent sur le bout des doigts. Sans la tenacité de certains, le I minsistre belge Verhofstadt en tête, même la finesse de Merkel risquait d'exploser en vol. Un Conseil aux allures du bazar turc sans que Sarkozy y perde par ailleurs son latin...

Pour ceux qui applaudirent l'avant-gardisme de la convention d'élus nationaux et européens pour rédiger la constititution, les lendemains « déchantent ». Au laboratoire de la pratique démocratique européenne ouvert à la société civile se substituent donc les conciliabules d'une CIG convoquée pour le 23 juillet dans la perspective de ratifier le nouveau traité avant les élections européennes de 2009.

Une CIG de 6 mois sous présidence portugaise certainement aussi rocambolesque que ce Conseil où l'on a vu Blair revenir sur un traité qu'il a signé avec tous les autres en 2004 ou un gouvernement polonais en proie au delirium tremens des équations qui vaudra à nos minsitres un jonglage prometteur avec 3 systèmes de vote de 2014 à 2017 !

Reste à implorer le ciel quand, en décembre, Brown devra avaliser le traité issu d'une CIG entamée par Blair...

A l'heure qu'il est, ceux qui ne voulaient pas d'un traité à caractère constitutionnel peuvent dormir en en paix : Liquidé ce qui, de près ou de loin, évoque l'idée de constitution urticante pour les Britanniques.

« Haut-représentant » et plus « Ministre » des affaires étrangères, trop connoté pour Blair et Brown. Une Charte contraignante mais pas vraiment pour les Britanniques. Plus de drapeaux ou d'hymnes...

Bref, rien dans la forme ne prêtera à confusion. D'ailleurs on ne parle plus de "Constitution" mais d'un "Traité de réforme".

Et pour éviter toute tentation référendaire, le nouveau traité sera 100% illisible puisqu'il se présente sous forme d'amendements au Traité de Nice.

"Des lendemains qui chantent? "

Le Parlement européen doit maintenant donner son feu vert à la CIG censée finaliser un traité qui conserve les avancées du Traité constitutionnel pour enfin avancer et même aller plus loin avec ceux qui le veulent.

Quant aux réticents, la clause de sortie prévue par le traité constitutionnel est maintenue. Il deviendra enfin possible de faire comprendre aux leaders britanniques, polonais ou néerlandais que le seul référendum qui vaille porte sur une question : « Pour l'Union politique européenne ou pour la sortie? ». A ceux qui décideront de prendre leur drapeau, leurs clics et leurs clacs pour devenir le 51è état américain embarqués dans une nouvelle guerre mensongère et les "Guantanamo Bay", l'inventif Président français proposera sans doute un « partenariat privilégié » décliné à une nouvelle sauce.
Quant à ceux qui s'engageront pour l'approfondissement de l'UE, n'en déplaise à Sarkozy, ce n'est pas à Blair mais à Joschka Fischer et Verhofstadt qu'ils devront penser pour les représenter.


*Ville de l'ïle d'Epire en Grèce

Le journal du dimanche
23/06/2007