1. Pierre ROCA, pour les Euros du Village : Monsieur Cohn-Bendit bonjour. Le 21 juin prochain (2008) vous interviendrez aux Etats généraux de l'Europe dont le thème sera cette année la citoyenneté européenne. Selon vous que revêt ce concept de citoyenneté européenne aujourd'hui et quelles en sont les matérialisations concrètes ?
D.Cohn-Bendit : D'abord l'espace politique européen s'est agrandi, on a un espace sans frontière maintenant et regroupant une vingtaine d'Etats et cela va grandissant. C'est ce qu'on appelait l'espace Schengen qui est devenu réalité. Donc aujourd'hui on n'est pas citoyen seulement d'une nation, la liberté de circulation ce n'est pas seulement dans un pays mais c'est dans un plus grand espace.
Deuxièmement, tout citoyen national est aussi un citoyen européen, donc on a la double citoyenneté et il y a des tas de sphères politiques qui se décident maintenant au niveau européen donc un citoyen est confronté à un espace politique et l'espace politique aujourd'hui grandissant, c'est l'espace européen.
2. P. ROCA : En 2009 auront lieu les élections au Parlement européen, un rendez-vous très important pour vous qui êtes député européen. On a constaté au fil des années qu'il y avait un certain désintérêt des citoyens européens pour ces élections européennes. Comment selon vous inverser cette tendance et faire de la citoyenneté européenne une réalité par le biais de ces élections européennes ?
D. Cohn-Bendit : Il y a deux choses. D'abord il y a un désintérêt de la politique. Les élections européennes sont très frappées aussi parce que c'est l'espace le plus jeune, le plus nouveau. Vous avez dans un pays comme la France une concentration sur les élections présidentielles et dés qu'on descend cela devient de plus en plus compliqué. Vous avez vu aux dernières élections municipales, une désaffection aussi. Dans le temps on disait, il y a une désaffection vis à vis de l'Europe parce que c'est trop loin. Et comme il y a maintenant une désaffection au niveau municipal, c'est peut-être parce que c'est trop près.
Ce qu'il faut essayer de faire comprendre au citoyen européen , c'est que maitenant, que ce soit la politique environnementale ou même la politique d'immigration, sont décidées au niveau européen. La difficulté, c'est créer un espace public européen, un débat public européen. Nous les Verts, par exemple, nous étions pour qu'une partie des listes soit transnationale. Donc de forcer le débat européen et pas faire 27 débats nationaux. Les élections européennes, leur grand problème c'est qu'en France c'est trop franco-français et en Allemagne trop germano-allemand. Il y aura un intérêt pour l'Europe si on arrive à s'imposer dans un espace public européen.
3. P. ROCA : on a pu lire dans certains médias que vous évoquiez la possibilité de proposer à José Bové et à Nicolas Hulot de faire une plate-forme écologiste pour les prochaines élections européennes. Avec ces deux candidats vous semblez en accord sur les problématiques environnementales et avec N. Hulot je pense que vous êtes d'accord sur un grand nombre de sujets européens, mais avec José Bové on pourrait penser qu'il y a plus de différences sur les questions européennes. Comment pensez-vous réussir ce grand écart politique ?
D. Cohn-Bendit : Je crois que ça a été bien décrit. José Bové fait parti de l'espace écologiste, de l'écologie politique. Comme une partie des Verts, il s'est prononcé sur l'Europe très négativement ainsi que sur le traité constitutionnel. Je crois que nous sommes maitenant dans un moment de réflexion. Le Traité de Lisbonne, une fois ratifié, sera le point de départ et ce n'est pas la peine maintenant de continuer les bagarres d'hier. Comment aujourd'hui si on veut réguler socialement et écologiquement la mondialisation... il y a urgence écologique et urgence sociale, et avec une telle déclaration on peut se trouver d'accord avace quelqu'un comme José Bové.
4. P. ROCA : Pour revenir au Parlement européen, certains spécialistes pensent que le désintérêt citoyen pour les problématiques environnementales vient notamment du fait qu'il y a un manque de politisation du Parlement européen, si on entend politisation dans un sens classique « droite - gauche ».
D. Cohn-Bendit : Je ne crois pas parce que les oppositions sont plus complexes au niveau européen et chaque projet de loi doit trouver sa majorité et ça, ça restera comme ça. Le problème, je l'ai encore dit toute à l'heure, c'est l'espace public européen. C'est quelque chose de nouveau. On a quand même mis deux siècles à imposer l'Etat-nation, qui n'était pas une évidence. Et aujourd'hui, depuis une cinquantaine d'années, nous essayons d'imposer l'espace politique européen et donc que se forme une opinion publique européenne. On en est là. Et je crois que c'est ça qui mobilisera pour les élections européennes et non pas le fait de jouer d'une manière un peu caricaturale « majorité - opposition » au niveau européen.
5. P. ROCA : Le 1er juillet 2008 débutera la Présidence française de l'UE. Il y a beaucoup de dossiers sur lesquels le Président de la République et l'équipe en charge de la Présidence veulent travailler et parmi les dossiers évoqués figure il y a notamment ce dossier de la citoyenneté européenne. Pensez-vous que ce dossier sera réellement prioritaire ?
D. Cohn-Bendit : Le problème, ce n'est pas qu'ils terminent ce qu'ils vont commencer.. le problème c'est est-ce qu'ils vont prendre l'initaitive pour que les représentants européens ne soient pas que des représentants nationaux. C'est donc sur cette histoire des listes transnationales, c'est là qu'il faut pousser l'initiative française. Sinon, la discussion avec les citoyens, c'est bien beau, c'est juste. Le vrai débat se fait dans un espace public européen et c'est là qu'il faut ouvrir les portes !
6. P. ROCA : Enfin, M. Cohn-Bendit, la question que l'on pose à tous les intervenants aux Etats généraux de l'Europe : quelles citoyenneté européenne pour l'Europe de demain ?
D. Cohn-Bendit : moi je voudrais une citoyenneté européenne qui n'est pas liée à la citoyenneté nationale. Qu'on puisse être citoyen... par exemple ça toucherait une grande partie de l'immigration des pays-tiers... donc de créer réellement une citoyenneté européenne qui soit déconnectée de la citoyenneté nationale.