L'armistice actuelle au Proche Orient ne garantit pas une paix durable dans la région. Lors d'un discours en séance plénière, Daniel Cohn-Bendit s'engage pour un Europe qui assume plus de responsabilités et pour un corps de paix qui ne serait plus composé de Francais, d'Allemandset d'Italiens, mais d'Européens.
Daniel Cohn-Bendit, au nom du groupe Verts/ALE .
Madame la Présidente, Monsieur le Président, chers collègues, je voudrais tout d'abord commencer par une autocritique. Qui, au sein de ce Parlement, il y a un an, a posé la question de la résolution 1552? Qui, au sein de ce Parlement, a posé la question du désarmement du Hezbollah? Il faut discuter de ce problème parce qu'il est actuellement au cœur des débats en Israël. Pendant trois ans, le gouvernement israélien n'a rien fait, n'a rien dit en ce qui concerne le désarmement du Hezbollah. Nous avons été tous aveugles et nous devrions au moins reconnaître que, nous aussi, nous nous sommes trompés. Il convient de noter, premièrement, que nous avions, que la communauté internationale avait une résolution de l'ONU. Celle-ci, une fois adoptée, a disparu dans le nirvana de la politique sans jamais s'appliquer sur le terrain.
Deuxièmement - et il s'agit là d'un vrai problème - cette région, cible de tous les malheurs, est aussi une région où l'on peut se tromper le plus en politique. On se trompe parce que l'on croit qu'il faut être l'ambassadeur d'Israël ou de la Palestine. Quel est le rôle de l'Union européenne aujourd'hui? Au sein de l'Union, certains sont très attachés à Israël, je le comprends et c'est juste. D'autres sont très attachés aux Palestiniens, je le comprends et c'est juste. Mais faire de la politique ne se résume pas à cela; au contraire, il faut tout mettre en œuvre pour qu'il y ait enfin un État palestinien et un État israélien où l'on puisse vivre en sécurité. Pour faire de la politique, il ne faut pas être une bonne âme ou mère Thérésa, il faut être capable de parvenir à faire bouger politiquement cette région. C'est ce en quoi consiste le problème.
C'est ainsi que l'Union européenne envoie des soldats dans la région. Graham a raison. Certains États membres de l'Union européenne envoient des soldats.
Je me suis réveillé un matin, j'avais fait un rêve. Au cours d'une réunion, tous les chefs d'État avaient décidé que le contingent européen serait le plus important en nombre, qu'il serait la force d'intervention rapide des Européens, qu'il ne serait plus composé de trois quarts de Français, de deux tiers d'Italiens, d'un quart d'Allemands, mais d'Européens qui, en tant que tels, allaient représenter l'Europe dans cette région. Je sais que c'est un rêve, je sais que je suis un gamin, mais pourquoi ne pas rêver de la sorte?
Dans la mesure où nous sommes tenus de répondre à des obligations, Joschka Fischer a récemment écrit dans un article: «Welcome in the Reality ». Oui, nous sommes dans la réalité, désormais, il faut faire de la politique dans cette région. Or, la réalité, c'est que les Américains présents dans la région sont en Irak, où ils sont enlisés; ils sont politiquement inexistants. Hormis l'Union européenne, aucune organisation n'aurait la capacité de faire bouger les choses et de voir avec les Israéliens comment négocier la question palestinienne. La paix ne règnera en Israël que s'il existe un État palestinien qui soit vivable. La meilleure manière de combattre le Hamas est de le faire à travers l'État palestinien car le Hamas se fout de l'État palestinien. Il veut un espace islamique! C'est pourquoi il faut souligner, premièrement, que, si nous instaurons un État palestinien, nous diminuerons l'influence du Hamas.
Deuxièmement, il faut régler le problème des frontières avec la Syrie et le Golan. Il faut assurer à Israël un accès à l'eau et lui garantir une protection, mais qui ne passe pas par une occupation du Golan par Israël. L'Union européenne doit user de son influence pour que des négociations soient engagées. Aujourd'hui, alors que l'Union européenne parvient à jouer un rôle politique majeur, nous ne serons pas seulement responsables du malheur et de l'échec, mais nous serons responsables, sur le plan politique, d'une région qui se pacifie.
Lorsque nos enfants nous demanderont à quoi sert l'Europe, nous pourrons leur répondre avec fierté «Regardez ce que nous faisons au Moyen-Orient». Mais pour cela, nous devons atteindre cet objectif! Nous devons avoir le courage de dire à tous ces gouvernements que ce n'est pas l'Italie, ce n'est pas la France - même si l'Italie a été admirable -, ce n'est pas l'Angleterre, c'est l'Europe dans son ensemble qui a été efficace.
Pour conclure, je souhaiterais attirer l'attention sur un débat qui concerne l'Allemagne. J'en ai marre de ces groupes politiques! Graham Watson, en tant que libéral, dis aux libéraux allemands qu'il est scandaleux qu'ils refusent la force d'intervention au Moyen-Orient! Et toi, Wurtz, dis aux communistes allemands que ce qu'ils sont en train de faire est scandaleux, que c'est de la politique de comptoir, alors que des êtres humains meurent au Moyen-Orient et que tout le monde veut instaurer cette force d'intervention. Soyez des hommes politiques courageux et intervenez au sein de votre camp politique!
(Applaudissements)