PARLEMENT EUROPÉEN-ÉLECTIONS:

18 novembre 2008

Monica Frassoni et Daniel Cohn-Bendit reprochent à la Commission d'avoir renoncé à son droit d'initiative

Agence Europe: Quel bilan dressez-vous de l'action du groupe des Verts-ALE au cours de cette législature ?
  Daniel Cohn-Bendit: Notre groupe a été au centre d'une question qui interpelle toute l'Europe: quelle stratégie face à la dégradation climatique. Notre groupe a été au centre des débats sur toutes les questions des droits de l'Homme et a tenté de trouver une position commune, avec d'autres forces dans le Parlement, sur l'immigration ou sur des initiatives sociales pour donner à l'Europe une autre couleur que celle imposée par la majorité du Conseil et de la Commission européenne.
  Monica Frassoni: Cela veut dire qu'on a agi dans un contexte plus compliqué qu'auparavant. Du point de vue du fonctionnement des institutions communautaires, on a vu une offensive très forte des lobbies industriels qu'on n'avait pas connue avant, et, du point de vue des droits, de l'immigration, etc. une situation plus difficile aussi. On a maintenu les conditions d'initiatives et aussi de succès.


Agence Europe: Et au plan législatif ?
  M.F.: Je pense qu'on peut nommer sûrement REACH. Sans doute que sans nous, on n'aurait pas eu ce qu'on a eu, ce qui n'est pas des masses évidemment (....) Même chose sur le paquet Énergie, deux des rapporteurs sont des Verts (le Luxembourgeois Claude Turmes et la Finlandaise Satu Hassi: NDLR). On peut aussi nommer tout ce qui est lié aux « droits », toutes les discussions autour de la Chine, des droits de l'Homme et aussi pour éviter la dégringolade en termes sécuritaires de la discussion sur l'immigration, même si là évidemment quand on discute de la directive Retour les résultats sont un peu plus mitigés. Mais on n'a pas baissé la garde sur les PNR (« Passenger Name Records », NDLR), donc toute la question des avions, et du rôle du Parlement, où il y a quand même encore une majorité de centre gauche sur les domaines de l'iimmigration et des droits.
D.C.-B.: Et on a démontré, pour finir, notre capacité politique, en tant que groupe, en ayant su organiser la majorité pour le Prix Sakharov de cette année, Hu Jia.


  Agence Europe: Quels sont, selon vous, les principaux résultats enregistrés par le Parlement ?
  M.F.: Je préfère commencer par ce que je considère comme une lourde défaite, c'est la question de la Constitution. Dans cette législature, il y a eu des échecs cuisants et sûrement celui du manque d'activisme et de capacité de pousser pour une initiative après les référendums en France et aux Pays-Bas est sûrement un élément que je considère comme une défaite pour le Parlement dans son ensemble. Nous avons évidemment eu une position complètement différente, mais quand même cela me semble un élément à souligner.  

D.C.-B.: Et, deuxième défaite du Parlement, ou problème du Parlement, on observe dans les autres groupes une renationalisation des débats, c'est-à-dire qu'en fait les piliers des autres groupes politiques nationaux jouent souvent une carte nationale. On le voit sur le paquet Énergie, avec les sociaux démocrates allemands et le PPE allemand. On le voit à tous les niveaux, malheureusement, beaucoup de forces politiques au Parlement jouent l'intérêt national au-dessus de l'intérêt commun européen.
M.F.: Y a-t-il eu des succès ? On va voir ce qui va arriver au mois de décembre, mais quand même la discussion sur le paquet Énergie est, pour l'instant encore, entre les mains du Parlement européen, et on refuse cette renationalisation justement. Je pense aussi que sur la question des droits de l'Homme et des « droits » en général, le Parlement a obtenu des victoires ou des éléments importants au cours de cette législature...Je ne suis pas sûr qu'on va les conserver dans la prochaine.


  Agence Europe: Le paquet Climat-Énergie risque-t-il de faire les frais de cette renationalisation des débats dans un contexte de récession économique ?
  D.C.-B.: C'est çà tout le problème, qui est, en partant du rapport Stern et de tous les autres rapports, que la note sera plus salée si on attend. Si l'on dit aujourd'hui qu'il y a des problèmes financiers, c'est vrai. Mais on a été capable de mobiliser des finances pour sauver, ce qui était nécessaire, les banques, et donc la possibilité d'investir et aussi l'épargne, et si on n'est pas capable d'investir aussi contre la dégradation climatique, on devra payer beaucoup plus après. Je crois que c'est justement là qu'il faut tenir, il faut expliquer à tout le monde que les politiques doivent prendre leurs responsabilités. On est au carrefour des crises et on ne peut pas traiter les crises l'une après l'autre.


Agence Europe: Quel jugement portez-vous sur l'action de la Commission Barroso ?
  D.C.-B.: La Commission en général a un problème (...). La Commission a tout misé sur les capacités d'initiative et de régulation du marché et elle s'est trouvée contredite complètement par les événements. Aujourd'hui, on a une Commission qui, et çà on ne peut pas le lui reprocher, avance dans le brouillard, mais sans aucune réflexion sur les erreurs qu'elle a commises. Ce qu'on ne comprend pas avec la Commission, c'est quelle est son analyse de sa responsabilité, en partie, face à ce qui se passe. Quand on sait, par exemple, que la Commission, McCreevy et Barroso ont encore, il y a un an, refusé toute régulation des marchés financiers.
  M.F.: Cette idée de la Commission comme secrétariat du Conseil est une chose que nous dénonçons depuis longtemps, mais M. Barroso a été mis là pour çà. Il y a derrière l'idée d'une Commission qui est au service des États membres, de certains plus que d'autres, et là aussi il y a forcément une renationalisation. C'est très évident. Quand M. Barroso nous dit à tous les coups, que pour prendre n'importe quelle initiative, il faut attendre de voir si on arrive à réunir la majorité des États membres, c'est clair qu'il renonce à sa capacité d'initiative. On l'a vu avec plusieurs choses et notamment, même si on a réussi à le convaincre de faire autre chose, sur la directive anti-discrimination, mais aussi sur d'autres initiatives importantes. Je pense que tout le dossier « Better regulation » doit être vu selon cette logique, ainsi que l'environnement, où la résistance de la Commission est assez forte à moins d'un accord préalable des lobbies du secteur industriel et des États membres.


Agence Europe: Pour en revenir à votre groupe, quelles seront vos priorités pour 2009-2014 ?
  D.C.-B.: La priorité des priorités, c'est justement, en partant de ce qu'on vient de dire sur le fait qu'on est à un carrefour de crises, que l'Union européenne prenne l'initiative sur ce qu'on appelle le « New Green Deal », un grand plan de relance écologique de l'économie et un investissement conséquent dans l'information, l'éducation et la recherche. Je crois que ce sont les deux piliers, les priorités, qu'on va défendre pendant la campagne électorale et la prochaine mandature.


  Agence Europe: De ce point de vue, l'élection de Barack Obama est-elle une bonne chose pour l'UE ?
D.C.-B.: Obama, c'est une bonne chose pour les États-Unis, mais il ne faut pas oublier qu'il est président des États-Unis. L'élection d'Obama n'est bien que si on a une Europe qui se positionne fortement, qui soit un partenaire capable de négocier avec quelqu'un qui veut négocier. Mais maintenant arrêtons de penser à Obama et pensons à ce que devient l'Europe.


Agence Europe: Sauf s'il y renonçait de lui-même, la reconduction de José Manuel Barroso semble être une affaire entendue ?
  D.C.-B.: C'est un débat politique. Nous personnellement, nous sommes contre la reconduction de M. Barroso.


  Agence Europe: Dans ce cas, y aura-t-il un candidat des Verts-ALE à la Présidence de la Commission ?
  D.C.-B.: Non, il n'y aura pas un candidat des Verts. Le problème, c'est de savoir après les élections européennes, quelles sont les possibilités pour faire bouger le Parlement européen.
  M.F.: L'idée serait d'avoir une majorité autre que celle que nous avons aujourd'hui, avec la « grande coalition ». Nous espérons que toutes les attaques que les socialistes font à l'encontre de la Commission se solderont par un débat ouvert, avec nous, pas tout seul, sur qui devra guider la Commission européenne, parce que très souvent on critique, on critique et après on vote pour, donc franchement ça ne sert pas à grand-chose.


  Agence Europe: Quid d'un éventuel renouvellement de l'accord PPE-DE et PSE sur le partage de la Présidence du PE?
  M.F.: Ça dépendra de qui gagne les élections.
  D.C.-B.: On verra, moi je crois qu'en ce moment, il y a une forte tendance au PPE de faire un accord avec les Libéraux. Il faut aussi savoir que M. Watson se voit déjà...
  M.F.: ...Monsieur Cox 2 !
  D.C.-B.: Il se voit déjà président du Parlement (...) Qui entend les murs parler, peut les écouter (...) Mais on verra, il y a plusieurs scénarios possibles au Parlement européen.


  Agence Europe: Il est pratiquement évident que le Traité de Lisbonne ne sera pas en vigueur au moment des élections, ça pose un problème ?
M.F.: Nous, on n'a pas renoncé.
D.C.-B.: (...). Pour beaucoup de pays, faire les élections européennes avec le Traité de Nice est un problème: de perte de députés, etc. Je crois que la non ratification de Lisbonne pose d'énormes problèmes en vue des élections européennes.
  M.F.: J'ajouterais aussi, qu'on est encore en train de faire les mêmes erreurs qu'on a faites après les référendums en France et aux Pays-Bas, c'est-à-dire de ne rien faire, de se cacher, derrière une attente. Moi je ne vois absolument pas pourquoi, c'est mieux de faire un référendum en Irlande en octobre plutôt que de le faire en mars. Mais évidemment, il ne faut pas le faire comme ça à froid. Tout de suite après (le non des Irlandais: NDLR), on aurait dû commencer une vraie campagne, ce que le gouvernement a refusé de faire.


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