Placedesfetes : Comment jugez-vous globalement la présidence française de l'Union européenne ?
Daniel Cohn-Bendit : La présidence française a eu beaucoup d'énergie, elle a réagi avec volontarisme et un peu au bluff dans la crise géorgienne, où elle a permis d'aider à arrêter l'offensive russe, elle a bien joué son rôle de médiateur honnête, elle a pris des risques tous azimuts pour répondre à la crise financière et à la crise climatique, et s'en sort difficilement parce qu'elle a misé sur une Europe des gouvernements qui la soumettait à l'unanimité. Donc on a un paquet climatique en deçà des nécessités.
Conservez cet article dans votre classeur.
Abonnez-vous au Monde.fr : 6€ par mois + 30 jours offerts
David : La présidence écoulée est-elle de nature à renforcer l'influence de la France au sein des institutions européennes, influence mise à mal par le non au référendum ?
Daniel Cohn-Bendit : Disons que la présidence a redonné un peu de crédibilité à la France grâce à l'activisme de son président, au savoir-faire du ministre de tutelle Jean-Pierre Jouyet, et à la présence de certains ministres français.
RemiNyc : Par rapport à la Chine, pensez-vous que Sarkozy adopte la bonne technique ?
Daniel Cohn-Bendit : Sarkozy a voulu démontrer qu'il ne fallait pas humilier les Chinois pour pouvoir leur parler. Les Chinois ont démontré qu'il valait mieux humilier le président européen qu'écouter les uns et les autres qui leur demandaient de faire évoluer la démocratie.
Il me paraît plus qu'indécent de se taire face à la répression accrue qui existe en Chine et au Tibet et que le président de l'Union, qui est aussi le président de la France, ait choisi la mauvaise stratégie face au totalitarisme chinois. D'ailleurs, l'Europe reste tout aussi silencieuse face à la répression en Russie. Il ne faut pas que la nécessité d'échanges économiques nous aveugle devant la répression et le totalitarisme de nos partenaires.
Klm : On dit que Nicolas Sarkozy a unifié l'Europe face à son voisin russe. Est-ce aussi clair ?
Daniel Cohn-Bendit : Non, Nicolas Sarkozy a réussi à maintenir une unité en Europe en ayant avancé au bluff, sans demander quoi que ce soit à ses partenaires européens, pour ensuite unifier les Européens autour de son plan de cessez-le-feu. Il n'a pas unifié les Européens dans une stratégie face à la Russie, mais permis à l'Europe de se rassembler derrière son initiative.
Benj : Pensez-vous que l'Europe sera dorénavant plus unie sur les questions économiques et donc mieux positionnée face aux puissances montantes ?
Daniel Cohn-Bendit : Là est toute la question. L'Europe a devant elle plusieurs défis auxquels elle devra répondre en même temps. Pour l'instant, le nationalisme économique, par exemple, de l'Allemagne, n'est pas de bon augure. La France, elle, ayant été incapable de stabiliser son budget pendant des années, se retrouve affaiblie face à la crise. Même chose pour des pays comme l'Italie, la Grèce ou d'autres.
La difficulté, c'est de rassembler les Européens autour d'une relance écologique intégrée. Pratiquement, endetter le budget européen pour permettre une relance écologique. Pour l'instant, ni la majorité du Parlement européen ni les Etats membres ne sont capables de s'avancer dans cette direction.
Francois_Kevin : Nicolas Sarkozy a-t-il réussi à sauver le traité de Lisbonne ?
Daniel Cohn-Bendit : Réponse au prochain numéro... Si le traité de Lisbonne est sauvé par un nouveau vote irlandais, ce ne sera pas Nicolas Sarkozy, mais l'ensemble des institutions européennes qui auront réussi à sauver le traité de Lisbonne.
Salade : Comment a été perçu en Allemagne l'interventionnisme permanent de Sarkozy ? Cela laissera-t-il des traces ?
Daniel Cohn-Bendit : Il ne faut pas surévaluer les débats et les discussions nécessaires et permanentes, même les divergentes, entre la France et l'Allemagne. Tous les gouvernements d'après-guerre, de ce côté ou de l'autre côté de la ligne Maginot, savent que la relation franco-allemande est une nécessité, conséquence du drame des guerres que les deux pays ont connues. L'hyper-activisme de Nicolas correspond à un hyper-immobilisme d'Angela. Il faut avouer que ce choc des cultures n'a pas rendu les choses très faciles.
Ego : Avez-vous une idée des raisons qui ont poussé la chancelière allemande à s'effacer quelque peu du niveau européen durant la présidence française alors qu'elle avait grandement réussi la sienne ?
Daniel Cohn-Bendit : Je crois que dans la situation de crise actuelle, il y a la tentation outre-Rhin d'un souverainisme économique qui s'explique par l'erreur de pensée des responsables du gouvernement allemand, qui croient pouvoir s'en sortir mieux seuls. Alors que tout le monde sait que l'économie allemande dépend de l'exportation, et qu'il n'y a qu'une relance européenne qui permettrait à l'économie allemande de redémarrer.
Mais en ce moment, les responsables économiques allemands n'ont confiance qu'en eux-mêmes. C'est ce qu'on appelle un souverainisme d'un autre âge.
Dimitrivlc_1 : Que penser de l'attitude française qui consiste à dire qu'il n'est pas très bon de laisser la présidence à des pays moins moteurs, voire anti-européens ? Faut il changer le système de présidence tournante automatique ?
Daniel Cohn-Bendit : Dans le traité de Lisbonne, il est prévu une présidence permanente de deux ans et demi. Le problème est de savoir si les personnalités censées représenter l'Europe seront capables d'utiliser une telle présidence comme tremplin pour répondre aux défis. Cela dépend plus de la qualité de la personne que de la grandeur de son pays d'origine.
Il est évident qu'un président de l'Union européenne - et là je suis d'accord avec Sarkozy - doit aimer l'Europe, doit comprendre la nécessité du renforcement de l'Union européenne, et donc qu'il mette de ses tripes dans la présidence. Un eurosceptique serait plutôt le dos tourné à l'Europe, regardant les trains passer et souhaitant qu'enfin il y en ait un qui s'arrête pour pouvoir monter dedans.
Franckie_1 : Bonjour, doit-on s'attendre à un immobilisme marqué de la part de Prague dans les six prochains mois, ou au contraire, vont-ils essayer de se démarquer de cette image eurosceptique ?
Daniel Cohn-Bendit : Je crois qu'ils vont essayer de faire leur job, cacher leur président, et faire le mieux possible. Pour cela, il faut que, le plus rapidement possible, ils arrivent à ratifier Lisbonne.
Olivier : Quel est, selon vous, le gros dossier européen à faire avancer courant 2009 ?
Daniel Cohn-Bendit : Les gros dossiers sont la continuation des dossiers d'aujourd'hui : continuer à penser la relance économique, mettre sur pied et renforcer le paquet climatique. Ce sont les deux gros dossiers.
Aymeric : Les Verts ont toujours été pour l'Europe politique. Pourtant, ils refusent de proposer un candidat commun à la présidence de la Commission. Vous-même, vous trouvez leur refus justifié. N'est-ce pas incohérent ?
Daniel Cohn-Bendit : Oui, mais il faut connaître ses forces. N'étant pas dans assez de gouvernements, tout le monde sait qu'un candidat Vert à la présidence de la Commission n'a aucune chance. C'est pour cela que nous proposons des porte-parole des Verts européens, faisant campagne dans tous les pays européens. Mais nous savons que nous n'avons pas la capacité électorale à imposer un de nos candidats comme potentiel président de la Commission.
david : Le Parlement européen aura-t-il une marge de manœuvre pour renforcer le paquet climat ?
Daniel Cohn-Bendit : Il a une petite marge de manœuvre qui nécessiterait un refus de quelques directives pour obliger le Conseil à renégocier. Mais vu les prises de position des grands partis et des libéraux, je doute que cela soit la stratégie d'une majorité du Parlement.
Ego : La présidence française avait-elle pour but d'enterrer la Commission européenne ou est-ce juste la personnalité du président Barroso qui est à blamer ?
Daniel Cohn-Bendit : Non, la présidence française voulait continuer à faire de la Commission un secrétariat hautement qualifié du Conseil. Le président Barroso a su jouer le jeu en se cachant en permanence derrière la présidence française.
loic_68 : Beaucoup de députés européens sont insatisfaits de la façon dont Jose Manuel Barroso a agi. Soutiendrez-vous un candidat du PDE, proposé par François Bayrou ?
Daniel Cohn-Bendit : Pour l'instant, il faut voir quelle majorité sortira des élections européennes. Mais un candidat proposé par François Bayrou a pour l'instant autant de chances qu'un candidat proposé par Daniel Cohn-Bendit. Vous pouvez renverser la question et demander à François Bayrou et au MoDem s'ils soutiendront un candidat proposé par les Verts européens.
BougnatOne : Pensez-vous que la Commission Barroso va être réélue, du moins son président ?
Daniel Cohn-Bendit : Si nous ne faisons pas un tabac aux élections européennes, malheureusement, oui.
Ego : Le choix se restreint-il nécessairement entre Parti populaire européen ou Parti socialiste européen pour la présidence de la Commission ?
Daniel Cohn-Bendit : Non, mais c'est un problème de majorité. Il faut trouver un candidat qui arrache la présidence de la Commission au consensus mou des deux grands.
Ajax : On dit que vous vous situez à l'aile droite des Verts : pensez-vous que les écolos de gauche peuvent bouder vos listes aux prochaines européennes ?
Daniel Cohn-Bendit : En quoi suis-je à droite ? Il faudrait qu'on me l'explique. Aujourd'hui, dans l'Hémicycle, j'étais le seul à critiquer Barroso et Sarkozy. J'étais à gauche des socialistes, j'étais devant le MoDem, j'étais clair, et j'en ai marre de cette mesquinerie politique qui tend à scotcher des personnes politiques dans un espace complètement dépassé. En tout cas, je suis à gauche de celui qui a posé la question.
Patrick : Quand prendrez-vous votre retraite pour laisser la place aux jeunes ?
Daniel Cohn-Bendit : Les électeurs peuvent m'envoyer à la retraite. Le problème est de savoir si je suis encore utile, mais si je ne le suis plus, je n'en ferai pas une maladie. Attention de ne pas tomber dans la maladie du jeunisme. Il faut que dans la liste Europe écologie il y ait toutes les générations représentées. Et moi, je représente les vieux.