Au cours de la session plénière, les députés du groupe des Verts/ALE ont manifesté en faveur d'une solution pacifique à la crise irakienne.
Discours de Daniel Cohn-Bendit concernant la possibilité d'une guerre en Irak.
Cohn-Bendit (Verts/ALE).
- Monsieur le Président, chers collègues, il y a des choses qu'on n'arrive pas à comprendre. Nous,
nous défendons toujours les traités, nous parlons des traités, nous avons un article 19 du traité de
l'Union. Cet article 19 du traité de l'Union dit une chose très simple: "Tous les gouvernements représentés
au Conseil de sécurité doivent défendre la position définie par l'Union européenne". Donc l'Espagne,
l'Angleterre, la France et l'Allemagne, doivent défendre une position commune.
La position commune, on l'aime ou on ne l'aime pas, définie par exemple, par les chefs de l'Union européenne,
ne parle pas d'ultimatum, ne parle pas de conséquences de guerre, disent il faut continuer le travail des
inspecteurs. C'est exactement le mémorandum proposé par la France, par l'Allemagne, et donc, je ne vois
pas au nom du traité comment l'Espagne et l'Angleterre puissent ne pas défendre cette position. Je crois
que nous devons avoir à l'intérieur de l'Europe enfin une décision sur la réalité de nos traités.
Mme de Palacio Vallelersundi qui nous a toujours bassiné avec ses explications des traités ici dans ce
Parlement, devrait se rappeler qu'elle était ici à ce Parlement à défendre les traités qu'elle bafoue
elle-même en tant que ministre des Affaires étrangères.
(Applaudissements)
Ce que je ne comprends pas, et franchement, pourquoi faire la guerre quand on a gagné la guerre?
Pourquoi intervenir militairement quand on a gagné sans intervenir militairement? Il faut l'avouer,
sans les Américains, il n'y aurait pas d'inspecteurs aujourd'hui. Il n'y aurait pas d'inspection,
il n'y aurait pas de désarmement. Mais, parce qu'il y a désarmement, parce qu'il y a des inspections,
on n'aurait pas besoin de faire la guerre, alors pourquoi aller tirer, tuer, alors qu'on peut tout
avoir sans tirer et sans tuer. Je n'arrive pas à le comprendre. Il y a de l'intelligence, je ne sais pas où.
Alors nous-mêmes, nous faisons une autocritique en disant oui cette situation là est grâce à une certaine
détermination. On aime ou on n'aime pas cette détermination. De plus, on nous dit maintenant, et je n'arrive
toujours pas à comprendre, on va amener la démocratie en Irak. C'est très bien, c'est formidable. Mais alors
que fait-on avec la Turquie? La Turquie vote au Parlement, très bien, c'est la démocratie; on aime ou non
n'aime pas ceux qui sont élus, ce n'est pas notre problème. Puis après, on fait un accord avec les militaires
au-dessus du Parlement, représentation démocratique, pour faire ce qu'on n'a pas eu par la démocratie et on
dit au peuple "Voyez comment fonctionne la démocratie qu'on va vous amener! Je n'arrive pas à comprendre.
Et on continue à expliquer que, par exemple, nous allons libérer les peuples d'Irak. Nous disons aux Kurdes
d'Irak, ça va être fantastique, on va vous libérer avec l'armée turque. C'est la libération dont rêvent
les Kurdes depuis une centaine d'années d'être enfin sous domination de l'armée turque. Alors là, évidemment,
ces peuples trouvent ça fantastique! Je dis une chose, il y a une clé de la démocratie dans cette région.
Cette clé est à Téhéran. Non pas pour faire la guerre à l'Iran parce que la population en Iran se bat pour
la démocratie, c'est le seul peuple qui, en ce moment, se soulève contre son pouvoir totalitaire. C'est le
seul peuple qui fait des manifestations monstres, qui votent pour la démocratie. Nous les laissons seuls,
nous ne les aidons pas et nous disons après que nous avons amené la démocratie dans d'autres régions.
Moi je dis que c'est le contraire qu'on devrait faire. En aidant le peuple iranien à se libérer, nous
donnerions deux leçons dans cette région. Première leçon, l'émancipation et la démocratie s'acquièrent
à la force non pas des militaires des pays de je ne sais pas où, mais à la force de la volonté et de la
détermination des peuples eux-mêmes. Deuxièmement, l'Allemagne est une exception, si vous voulez, on pourra
parler aussi de l'Allemagne. Mais deuxièmement, si ce peuple arrive à s'émanciper avec notre aide, il
pourra dire à tous les intégristes, à tous les terroristes et ceux qui sont fascinés par l'intégrisme
totalitaire: "nous, l'intégrisme, nous savons ce que c'est. Nous en avons subi les conséquences et nous
l'avons battu. Nous nous sommes émancipés. Cela sera une leçon, un domino extraordinaire pour la région,
et non pas l'occupation de l'Irak par un général américain.
Pour en finir, je demande à tous, ici, d'arrêter d'être aveugles. Oui, il faut changer de régime à Bagdad,
oui, il faut changer de régime en Arabie Séoudite, oui, il faut changer de régime en Tunisie, oui, il faut
changer de régime dans tel ou tel pays d'Afrique, mais cela ne peut pas se faire par une invasion militaire
de qui que ce soit, par qui que ce soit. Donc, soyons responsables des démocraties dans le monde, d'une
partie, et ne disons pas que c'est la paix qui va régner s'il n'y a pas d'intervention militaire en Irak.
Ce n'est pas la paix, mais disons que ce n'est pas la bonne manière pour qu'enfinn, une fois, le peuple
irakien puisse vivre en paix. Il a le droit de vivre en paix, sans général américain, mais aussi vivre
sans Saddam Hussein.
(Applaudissements)