(Rires)
Vous avez raison, Monsieur le Président, cette guerre est un défi intellectuel - j'ajouterai même corporel - car, visiblement, nous sommes tous en train de perdre nos capacités intellectuelles face à nos divisions. Il est évident que certaines déclarations du Conseil, mais même certaines déclarations de membres de ce Parlement, sont absolument surréalistes. Il est évident, Monsieur Watson, que nous sommes pour l'aide humanitaire et que c'est le seul point sur lequel tout le monde est d'accord. Quand on parle de ce sur quoi on est d'accord, c'est qu'il s'agit d'aide humanitaire. Mais le problème qui se pose à nous aujourd'hui est très simple: oui ou non, ce Parlement, demain, va-t-il se prononcer de manière claire sur cette guerre? Ce Parlement, demain, sera-t-il aussi ridicule que le Conseil de ministres ou le Conseil "Affaires générales", ou réunirons-nous une majorité? Et disant cela, je m'adresse à ceux qui ne veulent pas d'une majorité à n'importe quel prix. Qu'ils réfléchissent cinq minutes.
Il y a deux positions simples à avoir. La première, c'est celle de la coalition de ceux qui veulent la guerre, parce qu'ils la jugent importante, nécessaire, on l'a dit tout à l'heure. Qu'ils votent pour une résolution qui dirait: allez-y, continuez, Monsieur Rumsfeld ou Monsieur Untel, vous avez raison, au nom de Dieu, allez libérer le monde entier et démontrer qu'on peut faire l'amour en gardant sa virginité. C'est leur droit. La deuxième position est celle qui consiste à trouver dans ce Parlement une majorité pour dire non à la logique de la guerre, une majorité comme celle que nous avons réunie à la fin janvier pour dire que la guerre était illégitime.
(Applaudissements)
Pour cela, pour réunir une majorité contre la guerre, il faut être capable de faire des compromis. Sinon, notre déficience intellectuelle est exactement la même que celle du Conseil qui s'est tenu à Bruxelles. Voilà le problème qui se pose aujourd'hui. Pourtant la chose est simple. Il y en a qui disent que la guerre n'a pas la légitimité des Nations unies, et d'autres qui disent qu'elle est illégale et illégitime. Moi, je prétends que c'est la même chose et qu'il n'y a que les idéologues de ce Parlement pour vouloir démontrer qu'il y a une différence entre toutes ces phrases. Évidemment que, ayant constaté que cette guerre n'a pas la légitimité de l'ONU, nous pouvons dire qu'elle est illégitime! Donc, il est évident que si nous faisons passer cette motion, nous aurons gagné une partie.
Pour en venir au texte de la résolution, il y a un grand débat pour savoir si l'on doit dire qu'on déplore d'une manière forte, ou qu'on condamne, le fait qu'unilatéralement, l'Angleterre, les États-Unis, l'Espagne, l'Italie, la Pologne - et je ne sais pas exactement qui d'autre - aient décidé que la guerre était bonne, aient pris cette décision. Pour moi, l'important est de dire, dans cette résolution, qu'il aurait fallu poursuivre la logique des inspections et que nous sommes contre tous ceux qui ont rompu cette logique en lançant la logique de la guerre. Pour moi, ce n'est donc pas une question de vocabulaire.
Pour finir, je voudrais dire une chose importante. Il y a des mensonges qui continuent d'être entretenus par des chefs de gouvernement: si le Conseil de sécurité n'a pas voté pour la résolution présentée par les États-Unis, l'Angleterre et l'Espagne, ce n'est pas à cause du veto français ou du veto russe, mais bien parce qu'il n'y avait pas, au sein du Conseil de sécurité, de majorité morale en faveur du déclenchement de la guerre. Voilà la vérité!
(Applaudissements)
Sur cette base, le Chili et le Mexique, qui dépendent économiquement des États-Unis, ont pris la position courageuse de proposer une résolution qui, justement, restait dans la logique des inspections. Donc, je dis que ce Parlement, en se prononçant demain, va aussi se prononcer sur ce mensonge qui a la vie dure, ce mensonge entretenu par les ministres des Affaires étrangères anglais, espagnol, ou je ne sais qui encore. La majorité morale qui s'était dégagée pour une intervention dans le conflit du Kosovo - 13 contre 2 - ne s'est pas exprimée au Conseil de sécurité concernant une intervention militaire en Irak. Voilà la vérité historique. Le reste n'est qu'un mensonge éhonté de chefs de gouvernement qui ont peur de leur propre population. Il faut dire les choses comme elles sont.
Je termine en disant que j'espère que ce Parlement aura, demain, l'intelligence de voter de telle manière que nous pourrons dire que ceux qui défendent la guerre ont été battus et mis en minorité. Si nous gagnons, nous aurons gagné plus qu'une bataille des mots, et chaque groupe pourra ensuite défendre l'ensemble avec son idéologie. Cette victoire morale sur ceux qui défendent la guerre, nous pouvons la remporter demain, si nous sommes capables de faire des compromis.
(Applaudissements)